La chaleur polaire,

 

 

Dans le précédent article, j'ai tenté de vous démontrer comment une association de couleurs pouvait induire une thématique. La création d'une ambiance ne se résume pourtant pas à une simple application de peinture sur les murs.

 

Pour renforcer l'atmosphère que l'on désire créer, il est également important d'y apporter des matières, des textures et des objets bien choisis.

Pour ce faire, il est parfois utile de se fabriquer un carnet de couleurs et d'idées qui contient, par exemple, un échantillon de tissu pour vos tentures, un dessin qui vous inspire ou encore, la photographie d'un fauteuil que vous avez repéré.

Une fois votre carnet d'idées bien rempli, vous êtes prêt pour votre périple...

 

Je vous propose dés lors, de poursuivre nos voyages immobiles.

Aujourd'hui, je vous emmène du côté de nos voisins nordiques, au pays des neiges et de « La Petite Sirène »

Histoire de décliner un style de décoration intérieure actuel proche de la nature et des matières brutes.

Je ne vous cache pas que, cette fois, j'ai pourtant un peu hésité avant de vous livrer ma source d'inspiration.

C'était, il y a tellement longtemps.

C'était peut-être même dans une autre vie...

 

1918, munie du journal, je remonte, lentement, le grand escalier endimanché dans sa ferronnerie volutée.

J'ouvre, sans bruit, la porte du petit salon.

Un instant de distraction et ma tête heurte, douloureusement, la cheminée en marbre.

Je me retrouve le nez enfoncé dans l'épais tapis moelleux qui recouvre le parquet blond.

Mosaïque mordorée qui se transforme, soudain, en attelage byzantin pour m'emporter, illico, vers un horizon d'albâtre qui me coupe le souffle avec la dextérité d'un sniper.

Grisée par l'atmosphère opalescente de la banquise, je parcours, dans un état euphorique, l'immensité poudreuse, immaculée conception, lacérée d'ecchymoses encore invisibles.

Je me représentais ce monde bien trop inhabité pour ne pas l'imaginer hanté de créatures fantastiques.

Pourtant, je n'y ai découvert qu'une amusante faune déjà croisée dans mes livres d'enfant : pingouins joueurs, phoques marbrés et morses alanguis sur des glaces flottantes.

Perdant toute notion des réalités, je me suis même risquée à enfouir mes mains gercées dans la fourrure, légère et duveteuse, d'un ours polaire bienveillant.

Mais, très vite, ce périple enchanteur se révèle être, non seulement, un puzzle diabolique mais aussi, une épreuve ordalique glaciale tant la perspective m'apparaît sans fin.

J'avale des kilomètres et des paysages toujours semblables.

De mon transport en apesanteur, j'aperçois un équipage qui tente de figer son navire, dans la glace.

A travers le voile de cristal lacrymal qui me recouvre le visage, je déchiffre « Maud » sur le flanc du bateau

A nouveau, j'avale des kilomètres. Les paysages semblent se modifier : déserts de pierres, de lichens et de mousses.

A regret, je quitte cette terre de liberté qui a refusé de porter le deuil des « gueules cassées »

Cette terre qui sait, pourtant, si bien à l'instar de la Grande Muette, manier le langage du silence.

J'ouvre les yeux.

Ma tête me fait encore un peu souffrir.

Un des titres du quotidien qui gît à mes côtés est censé m'apprendre qu'Amundsen et son équipe ont , à bord du «Maud », franchi un nouveau passage en Arctique.

Etrange sensation où se mélangent, à la fois, l'incrédulité, l'exaltation et la satisfaction de pouvoir me dire que j'ai, mystérieusement, assisté à cet événement historique.

Tout à coup, mon regard est attiré par un petit ours blanc, aux formes presque géométriques, qui orne le coin, finalement bien opportun de cette cheminée : les années folles ont, bel et bien, commencé !!!

 

Je vous invite à présent, à parcourir le carnet de couleurs et d'idées qui m'a été inspiré par cette petite histoire.

Nous nous promènerons entre le béton ciré, le mortex, le bois flotté, le sisal, les peaux et fourrures...

Voyez plutôt !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si on souhaite créer une ambiance nordique, il est évident que le recours à un camaïeu de blanc est incontournable.

Les nuances de blanc assurent, indubitablement, un effet « glacier » et renforcent par ailleurs,la sensation d'espace et de grandeur.

Je vous conseille, toutefois, de ne pas vous limiter à cette seule teinte au risque de susciter une impression « réfrigérante » fort inconfortable !

Je vous propose plutôt de jouer sur les contrastes pour réchauffer votre intérieur en utilisant des tonalités et de matières certes, naturelles mais aussi, et surtout, chaleureuses et « douillettes »

 

Ainsi, vous pouvez donner d'avantage de profondeur à un intérieur immaculé, en osant, pour les MURS, les blancs gris, les blancs bleutés ou encore violacés.

On retrouvera cette harmonie notamment au niveau des tentures en lin qui seront déclinées en blanc et beige ficelle.

Les meubles seront, quant à eux, en bois clair, simples et aux formes rectilignes.

Quant aux beiges, ils intensifieront l'effet recherché tout en l'adoucissant délicatement.

Je vous suggère de jouer sur le même principe en ce qui concerne les SOLS.

Si mon choix de prédilection demeure, bien sûr, le plancher naturel ou blanchi, vous pouvez également opter pour un sol sombre, teinté dans la masse, qui donnera de la hauteur à votre espace comme le mortex gris anthracite voire taupe ou, le béton ciré que vous veillerez à réchauffer par le biais d'une peau de vache façon patchwork ou d'un tapis blanc à poils longs, ( ex : flocati ) imbattable pour accentuer l'effet cocoon.

Dans ce cadre, j'ai également été séduite par le contraste surprenant du pouf galet Monica Livingstone, création de Stéphanie Marin, qui sous une apparence âpre, nous offre une assise doucement moelleuse qui favorise la relaxation.

 

La lumière constitue un élément majeur d'une décoration polaire qui joue subtilement sur les clairs obscures.

Ainsi pour la « touche déco », je privilégie un papier peint ou une peinture métallique dorée qui placé judicieusement face à un apport de lumière, reflètera la chaleur solaire de cet univers polaire.

Je vous propose encore une sélection de luminaires qui seront de précieux atouts pour simuler, par un jeu de lumières irisées, une aurore boréale aux milieu de votre salon.

  • Mobile de verre placé côté fenêtre pour créer le reflet du soleil sur la neige

  • Luminaire en verre dépoli en forme de boule

  • Appliques ( Ingo Maurer )

  • Lampe éclipse ( Mauricio Klabin )

  • Suspension boule mat&jewski en plumes d'oie

     

Autant d'objets, synonymes de pureté et de légèreté, qui misent sur l'effet glaçon, transparent.

A nouveau, cet effet sera contre balancé par l'apport de coussins en fourrure, de plaids façon tricot grosse mailles, de bougies ou encore des vases et bibelots aux formes épurées et ondulantes comme le petit ours de Pompon.

 

 

Voici encore quelques projets finalisés, directement inspirés par la précédente sélection.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A présent, à vous de faire preuve de créativité et d'originalité...

 

Au fait, avez vous découvert , l'anachronisme qui se cache dans mon petit récit ?

 

Réponse dans la prochaine édition...

© 2017 delphine frezin/ histoires de couleurs

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